mai 2026
Notre-Dame de Lourdes, fille de Sion !
De retour de notre pèlerinage paroissial à Lourdes, nos cœurs sont remplis d’une profonde action de grâce. Nous avons porté vos intentions, confié nos familles, nos joies et nos épreuves à la Vierge Marie. Nous avons prié, échangé, marché, chanté, parfois dansé, dans la joie et la simplicité. Et, comme toujours à Lourdes, quelque chose de discret mais de réel s’est accompli : une paix retrouvée, une espérance ravivée, une
fraternité renouvelée. Tout cela par l’intercession de la Vierge Marie.
Au cœur de cette expérience, et parmi toutes les facettes de la « belle Dame » mises en lumière, j’ai fait attention à conserver un trait essentiel de sa personne : c’est une jeune fille juive ! Certes, à Lourdes, Marie se présente surtout comme l’Immaculée Conception, mais elle est aussi, profondément, fille d’Israël, « fille de Sion » pour reprendre l’expression du livre d’Isaïe, reprise par le concile Vatican II. Elle est enracinée dans l’histoire du peuple juif, dans ses attentes, ses promesses, sa prière. Elle
prie les psaumes, elle connaît les Écritures, elle vit de cette espérance messianique qui traverse tout l’Ancien Testament. Son « oui » à l’Annonciation s’inscrit dans la longue fidélité de Dieu à son peuple.
Redécouvrir Marie comme fille de Sion, comme juive, ce n’est donc pas ajouter un élément secondaire à notre foi : c’est aller à la source, y compris à Lourdes ! C’est comprendre que le christianisme ne flotte pas hors de l’histoire, mais qu’il est greffé sur une histoire sainte, celle d’Israël.
Nous pouvons ainsi sans cesse ajuster notre regard sur le peuple juif. En Marie, mère du Christ et donc mère de l’Église, ce qui nous relie n’est pas seulement théologique, mais charnel, vivant, irréversible. Comme le rappelait saint Jean Paul II lors de sa visite à la synagogue de Rome il y a tout juste 40 ans, les juifs sont « nos frères préférés, et d’une certaine manière nos frères aînés ». Il y a avec eux un rapport qui n’existe avec
aucune des autres religions du monde. La foi juive est intérieure à la foi chrétienne, puisque la foi chrétienne prend racine en elle. Voilà pourquoi la déclaration Nostra Aetate du concile Vatican II, dont nous fêtons le 60ème anniversaire, affirme que c’est en scrutant son propre mystère que l’Église rencontre le peuple juif.
La mission du peuple juif n’est pas close, comme si l’Église, ayant pris le relais, s’était substituée au peuple élu. Non, Dieu ne reprend jamais ce qu’il a donné, donc il ne reprendra jamais la mission qu’il a confiée au peuple juif. Mystérieusement, cette mission continue toujours, même après son accomplissement par la venue de Jésus, sa mort, sa résurrection et le don de l’Esprit. Par le Christ, en Lui, l’Église reste greffée sur le peuple juif et non l’inverse. La mission de l’Église est de faire fructifier dans toutes les nations ce qui est porté par la racine juive : la révélation et le salut de Dieu pleinement réalisés dans le Christ Jésus.
Devant cette précieuse redécouverte, nous avons encore des progrès à faire, en particulier dans le contexte actuel, pour ôter de nos jugements spontanés ce qui relève parfois d’un antisémitisme inconscient. En effet, en ces temps de guerre, nous confondons souvent « peuple juif » et « État d’Israël ». L’État d’Israël et son gouvernement actuel ne sont pas le tout ni l’essence du peuple juif. On peut être scandalisé par la politique guerrière de l’État hébreu, sans pour autant jeter l’opprobre sur le peuple juif, et en conservant au contraire sur lui un regard plein de bienveillance et de reconnaissance.
C’est justement ce à quoi s’emploie le Service Diocésain des Relations avec le Judaïsme, dont j’ai la joie d’être le prêtre accompagnateur. A l’occasion des 60 ans de Nostra Aetate, ce service organise à Vertou, salle paroissiale : d’une part un entretien sur le judaïsme, samedi 9 mai à 20h30, et d’autre part, dimanche à 14h30, la présentation d’une exposition sur le dialogue entre juifs et chrétiens depuis 60 ans, en présence notamment de notre vicaire général, du délégué national pour les relations avec le judaïsme et du rabbin de Nantes. C’est vraiment une occasion à ne pas manquer !
En ce temps pascal, que le salut du Christ ressuscité à ses disciples retentisse à nos oreilles dans sa langue : Shalom ! Et que la Vierge Marie, fille de Sion et Mère de l’Église, nous accompagne sur ce chemin de foi, d’intelligence et de charité.
Pour les rares qui ne le savaient pas encore, vient de se tourner la page magnifique de la présence fraternelle et zélée du Père Louis à Saint François des Coteaux. Depuis bien des années, nombre d’entre nous ont tissé une histoire unique avec lui, faite d’échanges, de vie de famille, de célébrations sacramentelles, de temps de prière… La reconnaissance de la paroisse et de ses curés successifs est immense ; le presbytère n’est plus le même.
En la prochaine fête de la Sainte-Trinité, mystère que le Père Louis a particulièrement vécu et éclairé – c’est-à-dire dimanche 31 mai prochain – il viendra lui-même nous dire au-revoir lors de la messe de 10h30 et de l’apéritif paroissial qui suivra.
Merci Père Louis, et bonne arrivée chez tes frères missionnaires aux Naudières !
Père Hubert Vallet

