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Epiphanie 2026 : l’homélie

La paroisse Saint-Francois-desCoteaux met à votre disposition l’homélie de notre curé à l’occasion de la fête de l’Epiphanie afin de poursuivre notre cheminement.

Solennité de l’Épiphanie du Seigneur

Une fois n’est pas coutume, je voudrais m’arrêter quelques instants avec vous sur la deuxième lecture de ce dimanche de l’Épiphanie.

Non pas la première lecture, ce passage bien connu du livre d’Isaïe, qui fournissait la trame de notre chant d’entrée : « Toutes les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, à ta clarté naissante. »

Pas non plus le Psaume, qui faisait écho à Isaïe : « Tous les rois se prosterneront devant lui, tous les pays le serviront. »

Ni même non plus l’Évangile, la fameuse venue des mages. Le style, un peu mystérieux, de ce récit nous fait comprendre qu’il s’agit de beaucoup plus que d’une visite de reconnaissance de la part de quelques sages un peu exotiques. C’est un drame, où deux royautés s’affrontent : celle, jalouse, inquiète et bientôt meurtrière d’Hérode ; et celle, désarmée et désarmante, de l’Enfant Dieu, Innocent condamné à mort par les puissants de ce monde. Deux royautés, et non pas trois, car on ne nous dit absolument pas que les visiteurs seraient rois, ni d’ailleurs combien ils sont, ni comment ils s’appelleraient ! Nous savons juste qu’ils sont païens, c’est-à-dire non juifs, et c’est en cela que la deuxième lecture doit nous intéresser.

 

Car si la première lecture était une prophétie – la venue des nations vers la lumière –, et si l’Évangile nous propose un début d’accomplissement de cette prophétie avec la venue des mages, la clé définitive de compréhension est donnée par la deuxième lecture, tirée de la lettre de saint Paul aux Éphésiens. Compréhension de ce qui arrive aux mages et, tout autant, de ce qui nous arrive, à nous qui sommes les Éphésiens d’aujourd’hui, c’est-à-dire des païens peut-être encore bien occupés par toutes sortes d’idoles (si vous voulez, je peux faire une liste…).

 

Or, à Ephèse comme à Corinthe, à Antioche comme à Lystres, Paul n’a pas cessé d’être bouleversé par un même constat : l’Évangile de Jésus, Messie d’Israël mort et ressuscité pour le salut de l’humanité, touchait le cœur de nombreux païens, et, au contraire, endurcissait nombre de juifs à qui il était pourtant d’abord destiné. Les mages ont en fait quantité de successeurs, dont nous sommes. Ce qui pose évidemment à Paul, le juif zélé et toujours conscient de l’élection de son Peuple, la question fondamentale qui continue de nous concerner : un païen peut-il devenir chrétien sans devenir juif ?

 

Notre passage de la lettre aux Éphésiens contient le résumé de la réponse à cette question. Nous l’avons copié dans le feuillet hebdomadaire. Relisons la phrase : « Ce mystère (celui dont Paul affirme avoir eu la révélation), ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile. »

 

« Dans le Christ Jésus » : la place du Christ Jésus est évidemment centrale ; Paul sait parfaitement qui lui est apparu sur la route de Damas, par qui il s’est laissé saisir et de qui il est devenu le prédicateur infatigable ; il sait donc aussi, par sa longue expérience, que le moyen d’accéder à Jésus-Christ est la foi en l’Évangile annoncé. Mais quelle est la conséquence pour les païens de l’accueil de l’Évangile de Jésus-Christ ?

 

Pour répondre, Paul utilise trois mots rares, composés chacun grâce au préfixe « avec » (dans la langue grecque « sun ») : héritage avec, corps avec, partage avec.

Avec, avec, avec, mais avec qui ? Toutes les lettres de Paul y reviennent : avec ceux qui ont reçu l’Élection, les promesses, les Alliances, ceux qui ont été délivrés et constitués comme Peuple par pure grâce, c’est-à-dire avec les Juifs, avec Israël. Avec Israël, non pas au sens où aujourd’hui nous parlons d’un État d’Israël ou de ceux qui le gouvernent (que le Seigneur les éclaire !), mais Israël au sens des douze tribus de Jacob, lui dont le nom a précisément été autrefois changé en celui d’Israël. Israël est d’abord un nom de Peuple, pas d’État.

 

Paul n’est donc absolument pas en train de dissoudre la mission des juifs dans un universalisme abstrait, ni d’inventer un second Peuple de Dieu ; il affirme que notre adhésion véritable au Christ nous intègre dans l’unique Peuple de Dieu, en nous offrant gratuitement, par la foi : héritage, corps et promesse. Jésus n’est pas venu abolir, mais accomplir, et l’Église est ainsi greffée, par Lui, avec Lui et en Lui, sur l’olivier juif qui nous porte. Tout ceci fait écho à une phrase du Catéchisme de l’Église Catholique que j’aime particulièrement : « La venue des mages signifie que les païens ne peuvent découvrir Jésus et l’adorer comme Fils de Dieu et Sauveur du monde qu’en se tournant vers les juifs et en recevant d’eux leur promesse messianique telle qu’elle est contenue dans l’Ancien Testament. » (CEC, n°528)

 

Revenons quelques instants encore à notre extrait : héritage, corps, promesse. En quelque sorte, une synthèse de toute notre vie : passé, présent, avenir.

Héritage comme notre passé qui nous constitue.

Corps comme le lieu où nous vivons au présent, où nous vivons en relation.

Promesse comme attente confiante de notre avenir.

Quel héritage ? Quel corps ? Quelle promesse ?

 

Nous héritons de toute la Révélation que Dieu a faite de lui-même, au fil des siècles qui ont précédé la venue du Messie, Dieu sauveur et créateur, Dieu qui fait Alliance ; nous héritons du don des Saintes Écritures, c’est-à-dire de l’Ancien Testament, qui est vraiment la Parole que Dieu nous adresse aujourd’hui ; nous héritons d’une exigence morale inchangée, telle que les dix commandements (dix Paroles) continuent de nous la présenter.

Nous vivons dans un corps, qui est bien entendu celui du Christ : l’Église, corps dans lequel nous sommes in-corporés au Peuple dont il est le Fils parfait, le Messie attendu. Pour notre salut, nos sacrements, en particulier le baptême et l’Eucharistie, nous unissent au corps du Messie d’Israël, Jésus le Christ, Jésus le Messie, professé par le concile de Nicée il y a 1700 ans.

Nous recevons la promesse, qui fonde notre espérance, qui nous a guidés et que nous avons célébrée tout au long de l’année du jubilé. On doit l’appeler promesse de la vie éternelle, notre plus grande espérance, c’est-à-dire promesse de la venue du Messie dans la gloire pour nous conduire avec Lui auprès du Père. Nous avons confessé à Noël sa venue dans l’humilité de la crèche, mais nous espérons ce qu’Israël attend de la venue glorieuse et définitive de son Messie : la paix cosmique, la justice parfaite, la récapitulation de toute chose en lui, et notre propre résurrection.

 

Que la fête de l’Épiphanie nous réjouisse d’avoir été ainsi choisis par Dieu, par pure grâce, pour faire partie de son Peuple élu ! Et qu’à la manière des mages, nous sachions repartir par le chemin qu’Il nous indique, celui du témoignage de son Amour inlassable pour tous les hommes.

Amen.